
Le Roundup Ultra Plus reste un produit phytosanitaire en vente libre dans plusieurs pays européens, alors que la France en a interdit la commercialisation aux particuliers. L’Espagne fait partie des États membres où ce désherbant à base de glyphosate conserve une autorisation active, ce qui alimente un flux transfrontalier de produits parfois acquis en toute méconnaissance du cadre juridique applicable.
Roundup Ultra Plus en Espagne : un produit enregistré et toujours en vigueur
Le Roundup Ultra Plus est inscrit au Registro de Productos Fitosanitarios du Ministerio de Agricultura, Pesca y Alimentación (MAPA) sous le numéro d’enregistrement ES-00725, avec un statut « vigente » (en vigueur). Cette inscription implique une évaluation complète couvrant l’efficacité du produit, ses risques sanitaires et son impact environnemental, selon les exigences du règlement européen (CE) n° 1107/2009.
La formulation correspond à un concentré soluble (SL) dosé à 36 % de glyphosate sous forme de sel potassique. À cette concentration, il s’agit d’un herbicide systémique non sélectif capable de détruire la quasi-totalité des végétaux traités.
L’achat et l’utilisation sont réservés aux professionnels titulaires d’une certification d’aptitude obtenue après formation. Un particulier espagnol ne peut pas, en principe, acquérir ce produit sans présenter ce justificatif auprès d’une coopérative agricole ou d’un distributeur spécialisé.
Pour approfondir la réglementation du Roundup Ultra Plus en Espagne, plusieurs ressources détaillent les documents exigés et les conditions d’achat. Les contrôles en point de vente varient selon les régions et les enseignes, ce qui génère un écart entre le cadre légal et ce qui se pratique sur le terrain.

Glyphosate et santé : deux lectures scientifiques qui coexistent
Le débat sanitaire autour du glyphosate oppose deux positions institutionnelles. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, rattaché à l’OMS) a classé la substance dans le groupe 2A de sa classification. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), de son côté, a conclu lors du processus de renouvellement de l’approbation fin 2023 que les données disponibles ne permettaient pas de classer le glyphosate comme cancérogène selon les critères réglementaires européens.
Cette divergence a des conséquences directes sur le maintien du produit sur le marché. L’approbation de la substance active a été renouvelée fin 2023 pour une durée déterminée, ce qui maintient la base légale des produits formulés comme le Roundup Ultra Plus.
Les données disponibles ne permettent pas de conclure sur la génotoxicité à faibles doses sur le long terme. Les études épidémiologiques portent pour l’essentiel sur des populations professionnelles exposées de façon répétée, et leur transposition aux utilisateurs occasionnels fait encore l’objet de discussions dans la littérature scientifique.
Risques liés aux co-formulants
Le Roundup Ultra Plus ne se résume pas au glyphosate. Les co-formulants ajoutés pour améliorer la pénétration foliaire (tensioactifs, agents mouillants) peuvent présenter une toxicité propre, parfois supérieure à celle de la substance active isolée. Les évaluations réglementaires portent sur le produit formulé dans son ensemble, mais les interactions entre composants sur le long terme restent un champ de recherche ouvert.
Importer du Roundup Ultra Plus en France : ce que dit le droit
La loi Labbé et ses renforcements successifs interdisent la vente de produits phytosanitaires contenant du glyphosate aux particuliers en France. Rapporter du Roundup Ultra Plus acheté en Espagne pour un usage domestique sur le territoire français constitue une infraction.
- Un produit autorisé en Espagne n’est pas automatiquement autorisé en France : chaque État membre délivre ses propres autorisations de mise sur le marché, même lorsque la substance active bénéficie d’une approbation européenne.
- L’importation de produits phytosanitaires non homologués en France expose à des poursuites pénales, avec des sanctions pouvant inclure des amendes significatives et la saisie des produits.

Alternatives au glyphosate pour les particuliers français
Privés d’accès aux herbicides chimiques, les particuliers en France disposent de plusieurs solutions. Leur efficacité reste inférieure à celle du glyphosate sur certains types de végétation, ce qui explique en partie la tentation de l’achat transfrontalier.
Le désherbage mécanique (binage, sarclage, motobineuse) demeure la méthode la plus courante. Les produits de biocontrôle à base d’acide pélargonique ou d’acide acétique concentré agissent par contact : ils brûlent les parties aériennes sans atteindre les racines. Des applications répétées sont donc nécessaires.
Les approches agronomiques (paillage, faux-semis, couverts végétaux) concernent davantage les surfaces agricoles ou les grands jardins. Leur mise en place représente un investissement en temps bien supérieur à celui d’une application de désherbant chimique.
Produits de biocontrôle et zones non agricoles
Dans les zones non agricoles (trottoirs, allées, espaces verts publics), la réglementation française impose le recours exclusif à des méthodes alternatives. Certains produits à base d’acide pélargonique portent la mention « emploi autorisé dans les jardins » (EAJ), ce qui les rend accessibles en jardinerie.
Aucun désherbant de biocontrôle ne reproduit l’action systémique du glyphosate, qui migre jusqu’aux racines pour détruire la plante entière. Cette différence d’efficacité reste le principal motif qui pousse des jardiniers à rechercher du glyphosate au-delà des frontières françaises.
Le cadre réglementaire européen fera l’objet d’un nouvel examen à l’échéance de l’approbation renouvelée fin 2023. Les autorités françaises traitent désormais le phénomène de l’importation illégale comme un enjeu de santé publique autant que de police phytosanitaire.